Andijan

Ouzbékistan, Andijan, marché couvert Eski, © L. Gigout, 2012
Le marché couvert Eski à Andijan.


Je gagne Andijan en taxi collectif et me case dans le premier hôtel venu. Le Villa Ellegant est ce qu’on fait de mieux dans le genre. Récent, meubles en bois massifs, deux grands lits, toilettes impeccables, WIFI et toutes les chaînes de la TNT. L’hôtel ressemble à l’avenue dans laquelle il est situé. Une architecture à l’instar de ce qui se construit actuellement en Ouzbékistan, à plus grande échelle car le Ferghana est la région la plus riche du pays et Andijan un centre industriel important. Des avenues de deux fois trois voies séparées par des grilles infranchissables structurent la ville. Les immeubles neufs ont des façades pourpres surmontées de créneaux ou de fenêtres de toit pointues. Ils abritent des boutiques de meubles, de téléphones portables, d’électroménager et de vêtements. Quelques bâtiments fastueux avec grandes marches et colonnes doriques. Une architecture de pastiche. Pastiche de gothique, imitations d’imitations, de temples grecs et de gares de chemins de fer. Au bout de l’avenue, un petit bazar est plus vivant. Au-delà de cette façade nouveau riche, se trouve la vraie ville, celles des rues tordues, des aryks, des tuyaux et des maisons où les gens vivent. La nuit, les avenues deviennent fantomatiques car les lampadaires flambant neufs restent éteints.

Andijan, la ville où est né Babour, descendant de Gengis-Khan et de Tamerlan et père des Grands Moghols qui installèrent leur souveraineté sur le sous-continent indien durant deux siècles. Comme sa voisine Och, elle a connu des jours sanglants dans des années pas si lointaines. C’était en mai 2005 et les circonstances demeurent mal connues. Cela a commencé par des manifestations instiguées, a-t-on dit, par une secte terroriste, et visant à exiger la libération de chefs d’entreprise emprisonnés pour islamisme radical. Quelques jours plus tard, la prison d’Andijan était attaquée par un commando qui a libéré plusieurs centaines de prisonniers. Des immeubles gouvernementaux ont été attaqués. Les troubles continuèrent. Des troupes spéciales acheminées de Tachkent se retrouvèrent face aux manifestants. Les soldats ouvrirent le feu à la mitrailleuse lourde sur la foule. Selon Amnesty International, il y aurait eu plusieurs centaines de victimes dont des femmes et des enfants. Cette version est récusée par les autorités ouzbèkes qui déclarent qu’aucun civil non armé n’a été touché.

Il y a peu de monde dans le grand parc Navoy en dehors des quelques femmes qui en balayent inlassablement les allées. Quelques manèges dans un coin, deux chaïkhani, des jets d’eau arrêtés. Dans le vieux bazar, qui se trouve de l’autre côté du grand carrefour situé à la jonction des avenues Babour et Cholpon, je découvre une petite foire aux vélos où l’on répare de vielles bécanes. Surprenant, dans un pays où les seuls cyclistes qu’il m’ait été donné de voir étaient des touristes européens. Touriste n’est pas le mot qui convient pour ces courageux qui traversent à vélos ou à pied les territoires arides de la Turquie, de l’Iran et du Turkménistan sous un soleil de plomb. Quoi de plus vulnérable qu’un jeune cycliste exténué sur une route déserte ? Loin de susciter des attitudes hostiles, au contraire, cette vulnérabilité les protège et les autochtones se montrent généralement accueillants. Ils apportent un peu de fraîcheur et d’évasion dans les villages isolés où ils font halte.

À la devanture d’une échoppe, d’énormes têtes de bœufs tranchées au ras de l’encolure sont exposées. De quoi donner l’envie de devenir végétarien. Un homme m’offre des mantis au potiron. La température est modérée et le ciel est voilé. Les femmes aussi. Le musée littéraire Babour (l’empereur moghol était aussi écrivain et poète) est en travaux. Dans ce quartier, on construit beaucoup. Des rues entières sont en chantier et les ouvriers s’activent partout comme s’il s’agissait de construire une nouvelle Babylone. Le musée littéraire est installé dans une médersa classique, construite au 18e siècle sur le site de la résidence royale, avec ses cellules, sa cour centrale et son bassin. Un homme prépare le plov pour les ouvriers.

Ma moisson de tapchanes est maigre. Je les vois parfois, je les devine, quand je marche dans la vraie ville. Les portes sont souvent entrouvertes mais un rideau est tendu en travers de l’entrée pour que la cour reste à l’abri du regard des passants.



Ouzbékistan, Andijan, parc Navoï, tapshan, tapchane, © L. Gigout, 2012
Dans le parc Navoï.
Ouzbékistan, Andijan, parc Navoï, tapshan, tapchane, © L. Gigout, 2012
Chaïkhana dans le parc Navoï.
Ouzbékistan, Andijan, rue Bazernaya, musée littéraire Babour, tapshan, tapchane, © L. Gigout, 2012
Homme préparant le plov dans la cour du musée littéraire Babour, ancienne médersa de la résidence royale de Babour, rue Bazernaya.

Ouzbékistan, Andijan, mosquée Jumi, tapshan, tapchane, © L. Gigout, 2012
Maison à proximité de la mosquée Jumi.


Supplément photos Ferghana

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire