Douchanbé

Tadjkistan, Douchanbé, Bibliothèque, femmes, © L. Gigout, 2012
Femmes assistant au spectacle donné à l'occasion de l'inauguration de la Grande Bibliothèque de Douchanbé.

Tadjkistan, Douchanbé, Ismaïl 1er, © L. Gigout, 2012
Monument à Ismaïl 1er (de dos), émir samanide.

Lundi 3 septembre. À Douchanbé, je résiderai dans la maison que Nafisa et Antoine louent non loin de l’université et du parc botanique. Nafisa travaille pour une ONG française qui milite pour des projets de développement durable et Antoine pour une multinationale du coton. Tous deux sont semblablement passionnés et s’investissent beaucoup dans leurs charges respectives. Je marche dans cette ville que je connais un peu pour avoir accompagné des amis lors d’un tournage il y a quelques années. Pas de tapchanes visibles dans le centre. On retrouve ici l’architecture soviétique avec ses barres d’immeubles de quatre étages à façades mosaïquées séparées par des espaces verts négligés. Beaucoup de nouveaux immeubles en construction. Parfois, jouxtent ces ensembles des îlots composés de vieilles bâtisses avec jardin entourées de murs en pisé, restes du village qui existait avant que les soviétiques n’en fissent la capitale de la nouvelle république. Douchanbé a été construite de toutes pièces, dotée d’un parc, d’un lac artificiel et d’un réseau régulier de rues bordées d’arbres, avec la perspective Lénine (aujourd’hui avenue Rudaki) comme colonne vertébrale. Pour peupler la nouvelle capitale, on invita les Tadjiks de Boukhara et de Samarcande à déménager. Un opéra et des théâtres furent édifiés et des monuments élevés à la gloire de Sadriddin Ayni, intellectuel originaire de Boukhara qui aida à la propagation de la Révolution en Ouzbékistan et au Tadjikistan, et à celle du poète Rudaki, premier grand génie de la littérature du persan moderne. Tout est encore là exceptée la statue de Lénine, mise au rancart il y a peu dans la cours de la Maison des Peintres. La ville s’est appelée Stalinabad jusqu’à ce que Khrouchtchev en décide autrement et lui redonne son nom initial qui signifie Lundi en persan. Depuis son arrivée au pouvoir après la fin de la guerre civile, le président Emomalii Rahmon s’efforce de faire participer Douchanbé à l’affirmation de l’identité nationale. Ainsi a-t-on édifié, en 2000, une grandiose statue de Ismail Somoni, émir samanide de la Transoxiane et du Khorasan, descendant de Saman Khoda qui fonda la dynastie des Samanides moins de deux siècles plus tôt. Le “somoni” est devenu la monnaie nationale. Pourquoi Ismail fut-il choisi comme héros national préférablement à son aïeul ? Sokiboy, dont il sera question plus loin, me dira que de tous les Samanides, Ismail était le plus puissant, celui qui a le plus œuvré à la prospérité et la magnificence de la dynastie. Il en incarne le point culminant. Peut-être désireux de suivre cet exemple et de marquer l’histoire de son pays, le président actuel a mis en œuvre une politique de Grands Travaux avec un nouveau palais présidentiel, un Palais des Nations et une Grande Bibliothèque. Ce qui reste de l’ancien village échappera-t-il aux desseins des nouveaux bâtisseurs ? Cette maison, par exemple, modeste, rafistolée mais charmante, survivra-t-elle aux urbanistes du président ? Le tapchane est à côté de la porte d’entrée, accolé à la maison, sous l’habituelle treille. Une femme y raccommode la kurpacha. Je lui demande si je peux prendre une photo du tapchane. Elle appelle aussitôt son mari à la rescousse. Un homme négligé apparaît, ventripotent et légèrement hagard. D’un ton bourru, il refuse, arguant que son tapchane est trop malinki (petit) et m’envoie paître. Les urbanistes pourront raser celle-ci sans grand dommage, maugréé-je méchamment pour me venger.



Tadjkistan, Douchanbé, Jardin botanique, maison pamiri, tapshan, tapchane, © L. Gigout, 2012
Tapchane exposé sur la terrasse d'une maison traditionnelle, jardin botanique de Douchanbé.
Tadjkistan, Douchanbé, chaïkhana Caodam, tapshan, tapchane, © L. Gigout, 2012
Tapchane de la chaïkhana Caodam.
Tadjkistan, Douchanbé, chaïkhana Caodam, tapshan, tapchane, © L. Gigout, 2012
Détail du tapchane ci-dessus.
Tadjkistan, Douchanbé, Jardin botanique, tapshan, tapchane, © L. Gigout, 2012
Reproduction d'une terrasse autrefois utilisée pour les repas (ancêtre du tapchane moderne ?), jardin botanique.


Supplément photos à Douchanbé

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire