La fabrique (1)

Ouzbékistan, Samarcande, tapchane, tapchane, © L. Gigout, 2012
Vernissage dans une fabrique du village éponyme du pays.

Dimanche, Nargiza me conduit avec sa petite auto Chevrolet Spark dans un village éponyme du pays situé à quelques kilomètres au sud de Samarcande. Nous allons visiter une fabrique de tapchanes. Un ouvrier est occupé à vernir des pieds en bois tourné à l’aide d’un pistolet à air comprimé. Le compresseur fait un bruit infernal. Le patron dit ne pas se plaindre des affaires. Il vend de dix à quinze tapchanes par mois à 250 dollars pièce pour un modèle de base. Les pieds sont façonnés au tour, les barres d’accotoir et les parties extérieures du châssis sculptés de motifs plus ou moins sophistiqués. On utilise le noyer ou le platane pour ces pièces et le sapin ou le bouleau pour le plateau. La taille courante est de deux mètres sur trois. Un jour suffit à quatre personnes pour faire un tapchane simple.
– Il existe également des tapchanes dont les pieds et le cadre sont en métal, me dit le patron. On ne les fabrique pas ici. Il faut aller chez le forgeron.
– Et le tapis et les coussins ?
– Nous ne fournissons pas les accessoires.

Car le plateau du tapchane doit être recouvert d’un tapis, si possible de fabrication locale. Un tapchane normal est aussi pourvu de fins matelas appelés kurpachalar en ouzbek et kurpachaho en tadjik (sing. : kurpacha, de kurpa : couverture et cha : petit) et de coussins appelés yostiqlar en ouzbek (sing. : yostiq) et bolishho en tadjik (sing. : bolish). On utilise aussi parfois le mot russe padouchka. Cousus à la main, leur tissu velouté est décoré de motifs floraux. Une table basse appelée khantakhta (en ouzbek et en tadjik) destinée à recevoir les plats est disposée au centre du plateau.
– Khan pour roi et takhta pour le plateau en bois, précise l’artisan. Takhta, c’est également ainsi que l’on nomme à Samarcande le plateau de zinc sur lequel les laveuses de mort lavent le cadavre avant de l’envelopper dans le linceul. C’est seulement les riches qui peuvent s’offrir la table basse en plus du tapchane ! Le pauvres se contenteront d’une nappe (dastarkhan).
– Depuis combien de temps fabrique-t-on des tapchanes ?
– Depuis toujours.



Ouzbékistan, Samarcande, tapchane, tapchane, © L. Gigout, 2012
Ouzbékistan, Samarcande, tapchane, tapchane, © L. Gigout, 2012
Ouzbékistan, Samarcande, tapshan, tapchane, © L. Gigout, 2012
Ouzbékistan, Samarcande, tapshan, tapchane, © L. Gigout, 2012
Éléments de décoration.


Supplément photo

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire