La rivière impétueuse


Tadjikistan, Varzob, tapshan, tapchane, © L. Gigout, 2012
Chaïkhana au bord de la rivière Varzob.

La Varzob mérite bien son nom. Son cours abondant et nerveux baigne Douchanbé avant de se laisser capter par la rivière Kofarnikhon, née comme elle dans les monts Gissar, et qui va l’emmener dans les eaux de l’Amou-Daria, l’Oxus d’Alexandre le Grand. L’Amou-Daria, si l’on inclue la rivière Panj qui forme son cours supérieur, trace la frontière entre le Tadjikistan et l’Afghanistan et, plus approximativement, celle entre l’Ouzbékistan et le Turkménistan, avant d’atteindre la mer d’Aral exsangue à cause de l’évaporation et de la captation intensive de son eau. Infortuné Amou-Daria, toujours à chercher son chemin et sa mer dans des zones désertiques, tantôt optant pour l’ouest et la Caspienne, tantôt pour le nord et l’Aral. La vallée de la Varzob est empruntée par la route M34 qui relie Douchanbé à Khodjent. La rivière traverse d’impressionnantes gorges. Plusieurs agglomérations suivent son cours quand elle approche de la capitale tadjike. De nombreuses chaïkhani sont installées au bord de son eau, avec des tapchanes comme autant de terrasses suspendues au dessus du courant rapide. On y déguste les poissons et les anguilles de la rivière. Ces endroits sont très appréciés des Douchanbi.

Parti en taxi jusque la petite ville de Varzob à 25 km de Douchanbé, je reviens à pied en suivant la M34. Les habitants du coin sont peu amènes. Quand je leur parle de tapchane, ils font non de la tête et les femmes détournent le regard. Je rencontre pourtant Bakhtiyor, un jeune agriculteur qui me fait visiter ses terrains. Abeilles, vignes, pommiers, légumes, quelques chèvres. Son domaine se trouve sur un monticule aride, aussi a-t-il mis en place un système d’irrigation en allant chercher l’eau sur l’autre versant de la montagne. Un tuyau aérien traverse l’étroite vallée en passant bien au dessus de la route. Un trou dans le tuyau donne naissance à un magnifique jet d’eau irisé. Bakhtiyor est allé travailler quelque mois en Russie pour gagner l’argent qui lui a permis de s’installer et de se marier le mois dernier. Il m’offre du raisin et des pommes. Avant de nous quitter, il fait le geste de se toucher la gorge avec un doigt. Manière habituelle pour inviter quelqu’un à partager un gorgeon de vodka.


Tadjikistan, Varzob, tapshan, tapchane, © L. Gigout, 2012
Structure métallique d'un tapchane dans le champ de Bakhtiyor à Varzob.


Supplément photos Douchanbé

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