Le poète


Tadjikistan, Douchanbé, chaïkhana Roxhat, Salimsho Halimsho, tapshan, tapchane, © L. Gigout, 2012
Le poète Salimsho Halimsho (à droite) en compagnie de ses amis, terrasse arrière de la chaïkhana Roxhat.


C’est derrière la Rokhat que les choses sérieuses se passent. J’y rencontre un groupe d’hommes qui boivent du thé et discutent ferme. Je leur parle des tapchanes et ils me recommandent d’aller voir au jardin botanique Iram et dans le Haut-Badakhshan. Selon eux, il n’y a pas beaucoup de tapchanes à Douchanbé.
– Otkuda ?
– Frantsiya.
Un des hommes se lève et me prend vigoureusement dans ses bras.
– My brother, my brother ! s’exclame-t-il.
Il est âgé mais dégage un sentiment de force.
– Haracho François Holland ! Sotsialist !
C’est très bien, ajoute-t-il, car il a choisi des voitures Renault et non pas des Volkswagen. C’est un président très simple. Un autre homme me glisse en désignant son ami « C’est notre grand poète. Il s’appelle Salimsho Halimsho. »

Je leur parlerais bien, moi aussi, de leur président mais le sujet est scabreux. Revenons plutôt à un propos plus neutre. Les tapchanes, par exemple. L’un des hommes croit comprendre que je cherche à en acheter un et se propose de me trouver le modèle idoine. Il refuse de comprendre que je n’ai pas de maison.
– Il n’y a pas de problème. Tu le mets dans un container.
– Mais mon appartement est trop petit !
– Tu n’as pas de jardin ?
– Hélas.

Une terrasse, voilà ce qu’il me faudrait ! Une grande terrasse, des bougainvillées, de la vigne et vue sur la Seine. Admirer Paris à demi allongé sur la kurpacha en soie d’un tapchane modern style en sirotant un verre de ce bon vin cher à Omar Khayyam !

– Appelez-moi, dit-il en écrivant son numéro de téléphone. Je vous amènerai chez un marchand.
Le poète veut me parler du Haut-Badakhshan. Il entreprend de dessiner une maison pamiri.
– La fenêtre au centre du toit vient du zoroastrisme. Douchanbé est une ville moderne alors que le Badakhshan est une région historique où il y a encore des temples du feu. Tu dois aussi visiter Isfara et Khodjent, le cœur de notre Sogdiane.
– Le zoroastrisme existait aussi en Asie centrale ?
– Bien sûr ! Sous le Sassanides, il était répandu dans presque toute la région. Encore maintenant, pendant les mariages, on allume un feu et les jeunes mariés tournent autour. Le feu a une importance centrale dans le zoroastrisme car il est considéré comme un symbole divin.
Nous portons quelques toasts. Il m’amènera demain quelques uns de ses livres, promet-il. Mais le lendemain, alors que j’arriverai à l’heure dite à la chaïkhana, le poète ne sera pas là.



Supplément photos Douchanbé 

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