Le tapchane au bord de la rivière Shurob

Ouzbékistan, Derbent, rivière Shurob, tapshan, tapchane, © L. Gigout, 2012
Le tapchane de la rivière Shurob.


Le jeune Sharizob me tire doucement par la manche et me demande si je veux bien l’accompagner pour une partie de pêche dans la rivière Shurob. Nous marchons deux bonnes heures. Le garçon est équipé d’une longue gaule de bambou. Il a acheté des hameçons dans une boutique du village. Comme appâts, les sauterelles feront l’affaire. Nous en trouvons facilement le long de la route et le gamin sait y faire pour les capturer d’un coup de casquette. Nous rattrapons et dépassons une fille et un enfant qui conduisent deux taurillons. Sharizob découvre une petite souris tout effrayée. La fille et l’enfant s’approchent, intrigués. J’attrape la souris par la queue et l’exhibe en me souvenant de cette comptine : « Une souris verte, qui courait dans l’herbe, etc. » Mais voilà que les jeunes taureaux en profitent pour prendre la poudre d’escampette. La fille et l’enfant se mettent alors à crier et à courir derrière les taurillons. Ils seront les seules personnes que nous rencontrerons sur cette route avant que nous atteignions notre but. Plus tard, je découvre une nouvelle source de gaz au milieu de la rocaille. Un trou a été creusé à cet endroit au fond duquel de l’eau gargouille. J’approche mon briquet et une grande flamme jaillit et me roussit le poil. On marche, on marche, cela fait des heures qu’on marche et je commence à en avoir plein les bottes. Dans un virage plus loin, là où un cours d’eau souterrain vient grossir la rivière, j’aperçois une petite construction au bord de la route. Cela ressemble, est-ce un mirage ? une illusion née de mon désir d’en finir avec cette randonnée lassante ? cela ressemble à un tapchane au bord de l’eau. Je presse le pas et arrive à l’installation. Juché sur des pilotis, on accède au plateau à l’aide d’une échelle métallique. À côté se trouve une cahute gardée par un Ouzbek. Le khan du lieu. Le chef de ce morceau de rivière. Il nous prête des matelas et des coussins tout en ayant l’œil sur un groupe de jeunes garçons qui s’ébattent un peu plus loin, là où la rivière forme un bassin.




Ouzbékistan, Derbent, rivière Shurob, tapshan, tapchane, © L. Gigout, 2012
Déjeuner en compagnie de Sobir, Sharizob et le khan.


L’excellent Sharizob, ayant apporté dans son sac tomates et concombres, se met en devoir d’installer le tapchane et de préparer notre déjeuner. Nous commençons à déguster ce repas simple dans lequel je retrouve les saveurs de mon enfance. Alors que je croyais que nous allions nous en tenir à cet en-cas, Sobir arrive en voiture avec le plov. Il invite le khan qui prend place avec nous et nous mangeons lentement, tout au plaisir de l’instant. Le khan et Sobir discutent tranquillement et leurs paroles se mêlent au murmure de l’eau. Après le repas, Sharizob se met à pêcher. La pêche sera médiocre mais le seul minuscule poisson pris nous permettra de ne pas rentrer bredouille.

Dimanche, jour de départ, déjà. L’humeur est morose, mes hôtes aimeraient que je reste quelques jours de plus, me font promettre de revenir l’année prochaine, au printemps, quand les montagnes font se gonfler les rivières, que l’eau jaillit de partout et que la vallée est en fleurs. La mère m’offre un tchapan (long manteau traditionnel matelassé et noué à la ceinture) et je ne sais que dire pour me montrer digne de ce présent. Sobir m’accompagne en taxi jusque Boysun où nous prenons le temps de visiter le marché aux chèvres. L’âne a besoin de compagnie, dit-il. Il me laisse ensuite prendre un autre taxi pour Denov, puis un autre pour Sariosiyo, la ville frontière avec le Tadjikistan. Les monts chauves ont laissé la place à une vaste cuvette où l’agriculture est prospère. Champs de maïs et de coton, maraîchage. Le taxi me laisse à une distance raisonnable des bâtiments de la police des frontières. Une ribambelle de camions stationne, moteurs coupés. J’avance à pied vers le poste ouzbek endormi. Premier contrôle de passeport. Nouvelle portion de route déserte, nouveau contrôle. Le policier me questionne sur mon nom, me demande pourquoi j’ai trois prénoms. Examen de mes bagages et des photos archivées dans mon appareil. Ai-je pris des photos interdites ? Cette boîte contient-elle des narcotiques ? Je me marre. Tampon. Nouveau contrôle de passeport à la sortie du territoire ouzbek. Ultime portion de route déserte au bout de laquelle un portique souhaite la bienvenue aux voyageurs. Derrière, attendent les mêmes camions silencieux que de l’autre côté. Des chauffeurs assis à l’ombre me font signe de venir prendre place parmi eux. Un panneau indique Douchanbé 66 km.

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