Le tapchane selon Mourodkhon

Ouzbékistan, Samarcande, Mourodkhon, tapshan, tapchane, Gour Emir, Timour, © L. Gigout, 2012
Dalle en marbre, trône de Timour à l'entrée du mausolée Gour Emir à Samarcande.

Ce matin, Mourodkhon, guide et historien, vient me voir dans la maison de Sobir qui a ouvert une gastinitsa (hôtel en russe) dans le quartier Chorakha, derrière le Registan. Je veux qu’il me parle des tapchanes.
– Quand je demande aux gens de me parler du tapchane, lui dis-je, ils ne savent pas quoi me dire. Pour eux, le tapchane est commun, comme une table ou une chaise pour nous autres Occidentaux. Je perçois pourtant que la place du tapchane est importante dans la vie de tous les jours chez les Ouzbeks. Il est présent dans la rue, dans les chaïkhani et les maisons. On préfère même parfois dormir sur le tapchane que dans son lit.
– Pour moi, répond Mourodkhon, le chorpoya (il ne dit pas tapchane), c’est mon enfance. Dès qu’il commence à faire beau, après Navruz (nouvel an du calendrier iranien au premier jour du printemps), on le sort dans le jardin et on quitte la maison pour aller vivre sur le chorpoya. Dans notre maison, nous avions un immense pommier et le chorpoya était installé sous cet arbre. Nous vivions là, non seulement pour le déjeuner ou le dîner, mais nous dormions là. Nous y faisions la sieste. C’était naturel d’y recevoir les invités. Plus que la maison, le chorpoya symbolise la vie de la famille et la vie sociale. Mes oncles et les voisins venaient le matin à la maison pour prendre le petit déjeuner avec mon père qui était kolkhozien. Les gens se retrouvaient avant le lever du soleil car il partaient très tôt travailler dans les champs.
– Le tapchane comme symbole de convivialité ?
– L’Ouzbek ne peut pas vivre en individuel. Les maisons traditionnelles sont protégées par de murs mais la porte est toujours ouverte. C’est plus difficile dans les grandes villes comme Tachkent de recevoir les gens chez soi mais, même là, il y a toujours des chaïkhani de quartier et des maisons de mahalla pourvues de chorpoyaho. Dans un appartement, il est impossible d’en avoir un mais il y a souvent un espace surélevé près d’une fenêtre ou d’un balcon. Le chorpoya est lié à la détente, à la tranquillité et à la rêverie. C’est le contraire du stress. Rien que de voir un chorpoya, ça me repose.
– De quand ça date ? Sur les miniatures on peut voir des estrades où les gens se tiennent assis sur des sortes de plate-formes.
– Vous avez raison quand vous parlez des miniatures. Il y avait déjà quelque chose d’équivalent il y a cinq ou six siècles. Vous connaissez sans doute le mausolée de Gour Emir ? À droite il y a une grande pierre en marbre. C’était le trône de Timour où il se tenait à demi allongé sur des tapis et des coussins en soie. Si vous avez le temps de repasser par ce mausolée, allez voir cette dalle. Chez mes grands-parents, il n’y avait pas encore de chorpoya mais une estrade surélevée, en terre. On l’appelait soupa. Et ce mot vient lui-même de stoupa.
– Les édifices bouddhiques que l’on trouve au Tibet et au Népal ? Comment sont-ils arrivés ici ?
– Si vous allez à Douchanbé, allez voir le grand Bouddha couché d’Adjina Tepe. Il se trouve au Musée des Antiquités.



Supplément photos à Samarcande

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