Le théâtre Padida et la danse du tapchane


Tadjikistan, Douchanbé, théâtre Padida, tapshan, tapchane, aiwan, © L. Gigout, 2012
Aiwan du théâtre Padida à Douchanbé.

Tadjikistan, Douchanbé, théâtre Padida, © L. Gigout, 2012
Rideau de scène du théâtre Padida.


Le théâtre Padida se trouve à côté et en retrait de la chaïkhana Rokhat. La Rokhat, c’est un point de repère à Douchanbé. Centrale, sur l’avenue Rudaki, avec ses terrasses ouvertes aux quatre vents, ses piliers blancs et son plafond à caissons peints de motifs traditionnels, elle attire l’œil. Construite en 1958 par des architectes russes, elle est un cadeau des soviétiques au style national. Mais la cuisine est quelconque et la fumée des chachliks désagréable. Au bout d’une allée, quelques marches, trois ifs, un frontispice néo-classique ocre dans lequel s’inscrit une porte ordinaire, close, surmontée d’un épigraphe agrémenté de deux masques de théâtre antique annonçant “Théâtre Padida” en cyrillique. Il faut contourner le mur d’enceinte pour trouver l’entrée des artistes. Je remarque tout de suite le grand tapchane rouge à toiture en bois sculpté. Il n’y a personne. La scène vide est pathétique avec son grand rideau déchiré sur lequel se décolore un paysage oriental. Sur les murs sont représentés des motifs parmi lesquels figurent encore la faucille et le marteau. Disposés en demi-cercles devant la scène, les sièges des spectateurs sont envahis par les herbes sauvages. À l’extérieur, un homme qui garde une barrière inutile me conseille de revenir plus tard si je veux rencontrer quelqu’un. Il se moque de moi en pinçant des doigts un imaginaire tutu pour faire une révérence grotesque.

Je reviens dans l’après-midi et je rencontre Samarhon, danseur étoile. Grand jeune homme fin, très beau, éphèbe oriental. Le tapchane dans la cour arrière ?
– Nous nous y installons pour boire le thé et discuter durant les pauses.
Car la grande scène du théâtre sert encore pour les cours et l’entraînement des danseurs.
– Pour y danser ?
Il me regarde comme si je venais de dire une absurdité. J’insiste :
– Le tapchane, c’est comme une scène de poche.
Mon idée finit par lui plaire. Il persuade la professeure de danse d’autoriser quelques filles à venir danser et lui-même revêt un costume de scène avec collants et cape noirs. La professeure ouvre les fenêtres de la salle de danse et met le son. C’est parti pour la danse du tapchane !

J’assisterai plus tard dans ce théâtre à un spectacle donné par un couple de jeunes Français qui circulent en camion. À chacune de leur halte, ils montrent leur spectacle. Guillaume est au violoncelle et Sarah dit un texte dont elle est l’auteur. L’écriture est très physique, poétique, soutenue par le violoncelle. Il s’agit d’une déambulation citadine, une suite de portraits issus d’un paysage quotidien. Le récit raconte l’opposition entre le rôle social assigné et la liberté. Un spectacle abstrait, parfois violent, qui joue des dissonances. Les spectateurs applaudissent mais je me demande s’ils sont réellement captivés par les codes d’un spectacle qui me paraît très “euro-urbain”, loin de l’analogie universelle chère à Fourier. Et alors ? L’important n’est-il pas qu’ils voient ici quelque chose de différent ? Une manière qui bouscule la tradition et les amène à réfléchir sur les différentes formes que peut prendre l’expression artistique. C’est à la faveur de ces rencontres et de ces chocs culturels que l’art se réinvente.


Tadjikistan, Douchanbé, théâtre Padida, © L. Gigout, 2012
Théâtre Padida (derrière la chaïkhana Rokhat). (Septembre 2012, ainsi que les suivantes.)


La danse du tapchane avec les élèves de la classe de danse et le danseur étoile Samarhon / Tapshan dance with the pupils of the dance class and the star dancer Samarhon.

Tadjikistan, Douchanbé, théâtre Padida, Samarhon, danse, tapshan, tapchane, © L. Gigout, 2012
Tadjikistan, Douchanbé, théâtre Padida, Samarhon, danse, tapshan, tapchane, © L. Gigout, 2012
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Supplément photos Douchanbé

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