Les céramistes de Richtan


Ouzbékistan, Richtan, potiers, © L. Gigout, 2012
L'atelier des potiers.

Ouzbékistan, Richtan, musée Ousmanov, céramique, © L. Gigout, 2012
Motif de céramique, musée de la céramique Ousmanov à Richtan.
La petite ville de Richtan est à 50 km de Kokand, presque au pied des montagnes. Je commence par une flânerie qui me conduit à une belle chaïkhana où j’apprends que se prépare un dîner de mariage et derrière laquelle des hommes cuisinent le plov du déjeuner. Ils m’invitent à revenir plus tard, quand le plov sera prêt.

Au village des potiers, je rencontre le patron d’une boutique de céramique. Je visite avec lui cet endroit curieux, une place entourée de salles obscures où les artisans s’activent dans une chaleur saisissante. Le décor et l’activité semblent sortir du Moyen-âge. Entassements de poteries brunes, potiers au travail, torses nus, mains empoignant l’argile, tours couinant. Sensualité du façonnage, fours en terre où rougeoient les feux.


Derrière la chaïkhana avant le plov.
Ouzbékistan, Richtan, céramiste, tapshan, tapchane, © L. Gigout, 2012
Céramiste au travail dans le village des potiers.
Un homme me conduit ensuite sur sa moto au petit musée de la céramique arrangé par Roustam Ousmanov qui en a fait sa maison. La porte est ouverte mais il n’y a personne à l’intérieur. Impossible de rater le tapchane qui se trouve dans l’entrée, dans une pénombre que zèbre un rayon de soleil. Partout sont exposés des services à thé, des coupes, des vases, des cruches, des plats magnifiquement décorés de poissons et d’oiseaux multicolores, de motifs abstraits ou de calligraphies arabes. Deux jeunes hommes s’installent sans mot dire pour reprendre leur travail interrompu par la pause déjeuner. Concentrés sur les motifs qu’ils peignent, ils sont indifférents à ma présence. Mais il est largement midi passé et je dois retourner à la chaïkhana.


Ouzbékistan, Richtan, musée Ousmanov, céramique, tapshan, tapchane, © L. Gigout, 2012
Aïwan à dais cintré dans le Musée de la Céramique, rue Al-Roshodoni.
Ouzbékistan, Richtan, musée Ousmanov, céramique, tapshan, tapchane, © L. Gigout, 2012
Même lieu, entrée


Je ne rencontrerai pas le maître de maison mais j’apprendrai par les documents trouvés sur place que la famille Ousmanov est venue de Russie pour s’arrêter à cette étape de la Route de la Soie avec le projet de copier la poterie chinoise. Bien que le kaolin, cette argile blanche, réfractaire et friable recherchée pour la fabrication de la porcelaine, fût introuvable dans les environs, les céramistes s’y étaient installés car l’argile était de si bonne qualité qu’elle ne nécessitait aucun traitement préliminaire. Ils utilisaient, et utilisent encore, le vernis végétal alcalin ishkor, le même que celui utilisé à l’époque médiévale pour obtenir le bleu-vert lumineux des carreaux vernissés qui recouvre les murs des monuments de Samarcande. Après avoir obtenu un diplôme de l’Institut des Arts de Tachkent, Roustam est revenu à Richtan où il fut nommé peintre en chef de l’usine des céramiques. Il s’est alors plongé dans l’étude de la céramique ancienne, ce qui lui a permis de développer progressivement un style original où la liberté de composition est associée à la maîtrise technique. Depuis l’Indépendance, il travaille ici même, dans son atelier-musée, avec ses élèves.

Supplément photos Ferghana

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire