Les Ismaéliens


Tadjikistan, Haut-Badakhshan, Khorog, Sobir, maison pamiri, © L. Gigout, 2012
Chez Sobir à Khorog.


L’ismaélisme est un mouvement révolutionnaire islamique soucieux d’agir à la fois dans les domaines religieux, intellectuel, politique et social. Né au 8e siècle et demeuré vivant jusqu’à l’époque actuelle, il est fondé, comme tous les mouvements chiites, sur la reconnaissance de l’autorité d’un chef non élu mais désigné par son prédécesseur. Il tire son nom d’Ismaël, fils aîné du sixième imam et héritier du titre, reconnu comme véritable septième imam alors que l’orthodoxie chiite, constatant le décès d’Ismaël avant celui de son père, supputèrent que l’imamat incombait dès lors au fils cadet. La réforme entreprise par l’ismaélisme vise, dans le domaine religieux, à faire triompher l’esprit sur la lettre et la vérité sur la loi, et dans le domaine intellectuel, à libérer l’esprit de tout ce qui pourrait lui faire obstacle ou le conditionner. L’élévation de la foi et de la pensée doit permettre que l’une et l’autre deviennent complémentaires dans la poursuite du même but : l’intégration complète de l’homme à l’existence. Sur le plan politique et social, ce mouvement réformateur lutte pour mettre en œuvre les idéaux supérieurs de l’Islam en matière d’égalité et de justice au profit de tous, qu’ils soient ou non musulmans. Il est regrettable que son véritable rôle politique ait pris fin après la chute de l’État fatimide. Néanmoins, l’ismaélisme reste un mouvement intellectuel qui contribue largement à la diffusion de la culture dans les pays de l’Islam. Les Ismaéliens sont présents dans vingt-cinq pays d’Asie, du Proche-Orient et d’Afrique. Ils se répartissent en différentes branches. C’est la branche nizârite que l’on trouve dans le Pamir.

La protection de l’Agha Khan n’est pas seulement spirituelle. Sa Fondation a créé à Khorog une université dont les exigences académiques et le programme d’études, le corps d’enseignants et d’étudiants, se veulent conformes aux normes internationales. L’enseignement est dispensé essentiellement en anglais. Le programme de maîtrise est centré sur le développement durable de la région. C’est pourquoi les étudiants pamiri peuvent faire de vraies études. Le mariage peut attendre l’âge de 25 ou 26 ans. Sonya prétend que les filles peuvent choisir leur mari mais pas les garçons leur épouse. Il y a là-dedans quelque chose d’inattendu qui me laisse perplexe. Les Pamiri aiment à marquer leur différence avec le reste du pays. Ils n’adhèrent ni à la culture tadjike ni à sa musique.

À Garam Chashma, Goulom m’invite à entrer pour me faire visiter sa maison. Une maison tout en symboles, comme celle de Sonya à Pish. Rien ici n’est disposé au hasard. La maison comporte un vestibule équipé d’une terrasse qui n’est pas sans rappeler le tapchane, où l’on peut dormir et manger durant les mois d’été, et une grande pièce carrée dont l’espace central est entouré de trois terrasses accolées aux murs et recouvertes de tapis. Ce sont des lieux de vie qui représentent les trois règnes de la nature : animal, minéral, végétal. Cinq piliers soutiennent la structure de poutres et le toit. Ils symbolisent tantôt les cinq membres de la famille d’Ali, les divinités zoroastriennes ou les cinq principes de l’Islam. Au centre du plafond se trouve une curieuse lucarne appelée chorkhona dont la conception incorpore quatre strates de cadres qui ont eux aussi une valeur symbolique car ils représentent respectivement la terre, l’eau, l’air et le feu, éléments sacrés du zoroastrisme. La poutre soutenant l’entrée est la plus importante. Elle est décorée de motifs représentant le soleil. Une coutume veut que si quelqu’un a une demande importante à formuler, il doit se placer sous le linteau et ne pas en bouger tant que le maître de maison n’a pas accédé à sa demande. Le portrait de l’Agha Khan figure en bonne place de même qu’un tableau comportant une inscription en arabe.



Tadjikistan, Haut-Badakhshan, Khorog, Goulom, maison pamiri, chorkhona, © L. Gigout, 2012
Lucarne appelée chorkhona au centre du plafond.
Tadjikistan, Haut-Badakhshan, Pamir, Garam Chashma, Goulom, maison pamiri, © L. Gigout, 2012
Chez Goulom à Garam Chashma.
Tadjikistan, Haut-Badakhshan, Pamir, Garmchashma, Goulom, maison pamiri, © L. Gigout, 2012


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