Samarcande


Ouzbékistan, Samarcande, tapshan, tapchane, Registan, médersa Cher-Dor, © L. Gigout, 2012
Tapchane d'exposition dans la cour de la médersa Cher-Dor, Registan, Samarcande.

Ouzbékistan, Samarcande, Registan, Céramique, © L. Gigout, 2012
Motif de céramique du Registan à Samarcande.


C’est naturellement que j’ai décidé de commencer mon voyage par Samarcande. Non qu’elle soit la plus belle (je lui préfère Boukhara), mais elle fut mon premier choc esthétique et poétique quand je visitai pour la première fois l’Ouzbékistan. Pourtant, quel ne fut pas mon étonnement lorsque j’arrivai à Samarcande, ce mercredi 21 juillet 1999 avec mon guide Olizane en poche. Impatient de découvrir la « très noble et grandissime » cité décrite par Marco Polo dans le Livre des Merveilles, je voyais ça et là des décombres industriels calcinés, des ferrailles noires, des vitres éclatées, des murs à demi éboulés, des maisons précaires écrasées de soleil. Voilà donc à quoi ressemblait ma belle oasis parfumée ! Rien que des rues encombrées d’automobiles vieillottes, bruyantes et polluantes. Je ruminais sombrement le soir dans mon hôtel, au bord du syndrome connu par les Japonais arrivant à Paris, déçus de ne pas trouver la ville idéalisée décrite par les magazines touristiques. Mon guide m’aurait-il trompé ? Mon enchantement était venu le lendemain, alors que je me trouvais devant le Registan.

Trois constructions quasiment symétriques, hautes façades avec portes monumentales en arc brisé, dômes majestueux, minarets. Les murs sont recouverts de mosaïques de faïences bleues et jaunes répétant à l’infini des frises géométriques. Le Registan est considéré comme la vitrine d’une civilisation qui érigea la beauté tangible en valeur suprême. Assis sur un carré d’herbe, je les imaginais passer, ces caravanes. Je les voyais, ces caravansérails et ces dignitaires enturbannés à demi allongés sous des baldaquins colorés. Suprême audace, je pénétrais clandestinement dans leur harem où j’entendais le rire frais des filles. Quand je rouvris les yeux, je me trouvai entouré de Nafisa, Nargiza et Sharnoza. Elles étaient étudiantes et faisaient de la figuration pour le grand festival des arts asiatiques qui devait se dérouler un mois plus tard. Elles étaient jeunes et jolies et nous nous mîmes à deviser plaisamment. J’étais envoûté. Mythes et réalité se rejoignaient.
– Ce qu’il y a surtout de bien, m’avait dit Nafisa, c’est qu’avec le festival, nous n’irons pas au coton.

Vendredi 10 août 2012. Après mon installation dans l’hôtel Legend, je vais déjeuner avec Nargiza dans la chaïkhana (maison de thé en persan, le mot est passé dans la langue russe) Lyabigor, qui avait auparavant, en guise d’emblème, un aigle vivant attaché par la patte à son perchoir. L’aigle est toujours présent mais empaillé. L’endroit est agréable, une terrasse supérieure aérée et fraîche pourvue de tapchanes. Il est fréquenté aussi bien par les locaux que par les touristes. Nargiza, que je connais bien pour l’avoir revue presque chaque année à la faveur de ses visites professionnelles à Paris depuis notre première rencontre devant le Registan, a organisé mon séjour dans son pays. Elle travaille pour une agence touristique ouzbèke où elle est responsable du département francophone et projette de venir reprendre des études en France pour se former au tourisme responsable.

Levé le lendemain matin avant sept heures, j’entreprends de parcourir les rues de la vieille ville situées dans le quartier Saïd Imam de part et d’autre de la rue Umarov. On trouve des tapchanes partout. À l’intérieur du Registan, ils sont là comme un témoignage du savoir-faire des artisans et pour accueillir les spectateurs des ballets folkloriques. On s’y installe dans les chaïkhani pour prendre le thé ou les repas. Dans la maison du mahalla (district, arrondissement), les aksakals (littéralement barbes blanches en turc, mais aussi sages chargés de faire respecter la tradition) y prennent place pour discuter de la vie de la cité. Et dans les jardins des maisons privées, ils sont réservés à la famille et à ses hôtes. Certains tapchanes semblent abandonnés, à un coin de rue, dans un parc ou une chaïkhana fermée. Les hommes s’y retrouvent pour jouer aux échecs et, parfois, partager discrètement une bouteille de vodka. Dans la chaïkhana du marché Siab, on mange pour pas cher des samsas (triangles de pâte farcie de légumes et de viande) servis accompagnés d’une sauce légèrement pimentée, des mantys (raviolis à la viande ou au potiron cuits à la vapeur) et une chorba plus proche ici du pot au feu que de la soupe au vermicelle. Le thé est la règle même si on y sert une bière pression fade. La chaïkhana est fréquentée par les gens venus faire leurs courses dans la multitude des échoppes alignées dans le marché couvert où l’on trouve épices, fruits et légumes. Un couple de vieux. Elle, le visage parcouru de rides profondes, vêtue d’une belle robe en soie ikatée appelée khan atlas. Lui, coiffé de l’inévitable calotte ouzbèke brodée. Plus loin, une "barbe blanche", la tête prise dans un turban de coton blanc. Les serveuses sont habillées de robes à fleurs sur pantalons colorés. Un foulard léger est de mise. À la fin du repas, je me lève et me tourne vers la serveuse.
– Rahmat, lui dis-je histoire de montrer que je connais le pays.
– Ok, me répond-elle simplement.



Ouzbekistan, Samarcande, Afrasiab, © L. Gigout, 1999
Samarcande depuis le site archéologique d’Afrasiab, cité qui précéda Samarcande de 500 av. J.-C. jusqu'au XIIIe siècle. Photo prise en 1999.
Ouzbékistan, Samarcande, tapshan, tapchane, Registan, médersa Cher-Dor, © L. Gigout, 2012
Tapchane d'exposition dans la cour de la médersa Cher-Dor, Registan, Samarcande.
Ouzbékistan, Samarcande, tapshan, tapchane, mosquée Saïd Imam, © L. Gigout, 2012
Tapchane dans la cour de la mosquée Saïd Imam.
Ouzbékistan, Samarcande, rue de Tachkent, tapshan, tapchane, © L. Gigout, 2012
Tapchane dans une maison privée, rue de Tachkent.
Ouzbékistan, Samarcande, tapshan, tapchane, rue Marta, © L. Gigout, 2012
Tapchane dans une maison privée, rue Marta.
Ouzbékistan, Samarcande, tapshan, tapchane, © L. Gigout, 2012
Femme cousant, quartier Aboulouïs Farobi.
Ouzbékistan, Samarcande, Maison de mahalla Saïd Imam, tapshan, tapchane, © L. Gigout, 2012
Maison de mahalla Saïd Imam.
Ouzbékistan, Samarcande, tapshan, tapchane, © L. Gigout, 2012
Joueurs d'échecs, rue Umazova.
Ouzbékistan, Samarcande, tapshan, tapchane, chaïkhana, © L. Gigout, 2012
Chaïkhana du marché Siyab.
Ouzbékistan, Samarcande, Bakhora, Kumush, tapshan, tapchane, © L. Gigout, 2001
Bakhora et Kumush (2001).
Ouzbékistan, Samarcande, Registan, © L. Gigout, 2012
Le Registan, la nuit.

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