Tachkent

Ouzbékistan, Tachkent, quartier Kosmonavtlar, © L. Gigout, 1999
Immeuble et végétation, quartier de la station de métro Kosmonavtlar, Tachkent (1999
Ouzbékistan, Tachkent, Amir Timur, © L. Gigout, 1999
Place Amir Timur, le centre, avec la statue équestre de Tamerlan (2010).


Ce qui frappe, quand on survole la ville avant d’aterrir à l’aéroport Yuzhniy, c’est la dominance du vert. Lors de ma première visite en 1999, je ne m’attendais pas à trouver autant d’arbres dans la capitale des steppes. Mais l’irrigation fait des merveilles. Les nombreux canaux alimentés par la rivière Chirchik furent construits il y a plus de deux mille ans. Aujourd’hui, la ville dispose en outre du gigantesque réservoir Charvaq car la rivière ne suffirait plus à fournir en eau la capitale qui compte plus de deux millions d’habitants. Je l’appelais alors, non sans bienveillance, la ville-jardin. La place Amir Timour était plantée de platanes centenaires et la rue piétonne Sayilgoh, surnommée Broadway, était le lieu le plus animé de la ville avec ses grands magasins, ses restaurants à chachliks, ses boutiques de souvenirs, ses caricaturistes et son cirque tzigane. L’urbanisme de la ville date de la période qui a suivi le tremblement de terre de 1966, après lequel un vaste programme de reconstruction fut lancé grâce à la participation de toutes les républiques soviétiques. Un réseau de fontaines et de canaux d’irrigation fut installé pour arroser les pelouses et des arbres massivement plantés dans les nouveaux quartiers. De la période soviétique, la ville a également hérité des tuyaux qui suivent les rues, coupant parfois un trottoir, enjambant une voie, pour gagner les barres d’habitation. Peu à peu, les espaces séparant ces immeubles ont été envahis par une végétation sauvage. Les clématites et la vigne vierge habillèrent les murs austères, donnant aux quartiers une apparence vaguement agreste. Cette végétation qui poussait ici sans mesure, conquérant les passages et les porches et grimpant furieusement le long des murs, prodiguait son ombre protectrice tel un rempart de chlorophylle contre le rayonnement du soleil. Je me souviens du chant des oiseaux, d’enfants jouant à allumer un feu et, arrêtée dans un passage et attelée d'un âne, d’une carriole chargée de belles et grosses pastèques.

Mais la capitale ouzbèke a changé. Les platanes de la place Amir Timour ont été abattus. Il n’y a plus de restaurants à chachliks ni de cirque tzigane à Broadway, les trottoirs sont séparés des voies par des grilles massives ou des balustrades en marbre, obligeant le piéton à faire de longs détours pour traverser une rue, les espaces entre les barres d’immeubles ont été compartimentés et délimités par des clôtures, comme pour en privatiser l’accès. Les drôles de garages, grandes boîtes métalliques disposées de manière anarchique, ont disparu. Restent les façades des grands immeubles avec leurs motifs décoratifs, formes abstraites ou allégories dans le pur style du réalisme soviétique ou encore conçues comme une combinaison de figures géométriques formant des frises inspirées du constructivisme. Souvent, les murs latéraux sont agrémentés de mosaïques géantes. Malgré leur aspect décrépit, ces immeubles continuent de former un paysage urbain qui a sa personnalité et son charme.


Ouzbékistan, Tachkent, Labzac, tapshan, tapchane, © L. Gigout, 2012
Jardins derrière les maisons dans le quartier Labzac.
Ouzbékistan, Tachkent, Labzac, tapshan, tapchane, © L. Gigout, 2012
Jardins derrière les maisons dans le quartier Labzac.
Ouzbékistan, Tachkent, Labzac, tapshan, tapchane, © L. Gigout, 2012
Jardins derrière les maisons dans le quartier Labzac.
Ouzbékistan, Tachkent, chaïkhana Iwan, tapshan, tapchane, © L. Gigout, 2012
Chaïkhana Iwan au bord de la rivière Ankor.

Une vieille femme assise au coin d’un immeuble, après l’habituel « Otkuda ? », me parle longuement sans se préoccuper de savoir si je comprends quelque chose à son long monologue. Je retrouve Nargiza près du marché aux livres Maktab et nous allons déjeuner à la terrasse de la chaïkhana Golubyie Kupola. Une terrasse où se trouvent des tapchanes originaux pourvus de dais en forme de chapeau ouzbek.

Kamola, une jeune brillante étudiante un peu garçonne, m’accompagne à la médersa Abdul Kassim, une ancienne université coranique réputée qui accueille aujourd’hui des boutiques et des ateliers d’artisans. Ils sont graveurs sur bois, ébénistes, céramistes, peintres de miniatures, joailliers. Nous rencontrons Alisher, un ébéniste qui fabrique des tapchanes. Il me fait voir son catalogue. Ses modèles vont du tapchane standard à l’objet sophistiqué, avec colonnes et couverture. Avec son apprenti, il lui faut de un à trois mois pour réaliser un tapchane. Comme tous les artisans de la médersa, il considère à juste titre son artisanat comme un art et les tapchanes ne sont qu’une partie de son savoir-faire.

– Si tu veux, il peut en faire un pour toi, dit Kamola.
– Pourquoi pas. Combien coûte celui-ci ?
– Cinq mille dollars.
– Pas mal ! J’aimerais un tapchane avec un toit.
– Un tapchane avec un toit, corrige Kamola, n’est pas un tapchane. Parce que quand tu dors sur le tapchane, tu dois pouvoir voir la lune et les étoiles.


Ouzbékistan, Tachkent, avenue Sharaf Rachidov, chaïkhana Golubyie Kupola, tapshan, tapchane, © L. Gigout, 2012
Aïwan dont le dais est en forme de chapeau ouzbek, chaïkhana Golubyie Kupola, avenue Sharaf Rachidov.
Ouzbékistan, Tachkent, Damarik, tapshan, tapchane, © L. Gigout, 2012
Au bord de la rivière Damarik (banlieue de Tachkent).
Ouzbékistan, Tachkent, Damarik, tapshan, tapchane, © L. Gigout, 2012
Au bord de la rivière Damarik (banlieue de Tachkent).
Ouzbékistan, Tachkent, médersa Abdul Kassim, tapshan, tapchane, © L. Gigout, 2012
Cour de la médersa des artisans Abdul Kassim.
Tachkent, médersa Abdul Kassim, ébéniste, © L. Gigout, 2012
Ébéniste au travail dans la médersa des artisans Abdul Kassim.
Ouzbékistan, Tachkent, Médersa Abdul Kasim Madrasah, poncif, © L. Gigout, 2012
Médersa Abdul Kasim, poncifs à motifs.
Ouzbékistan, Tachkent, Musée Nation des Beaux-Arts, 'Maternité. Matin.', Akhmedov R.A., tapshan, tapchane, © L. Gigout, 2012
Maternité. Matin. (détail) Akhmedov R.A., 1962. Musée National des Beaux Arts.
Ouzbékistan, Tachkent, Musée National des Beaux Arts, Jeunes écolières, Kovalevskaya, tapchane, tapshan, © L. Gigout, 2012
Jeunes écolières, Kovalevskaya Z.M., 1948. Musée National des Beaux Arts.
Ouzbékistan, Tachkent, Musée National des Beaux Arts, Chaykhana, Volkov, tapchane, tapshan, © L. Gigout, 2012
Chaykhana, Volkov A.N., 1936. Musée National des Beaux Arts.
Ouzbékistan, Tachkent, Musée national des Beaux-Arts, tapchane, tapshan, krovat, кровать, © L. Gigout, 2010
Lit, XIXe siècle, Chine du Nord. (Krovat en ouzbek, кровать en russe). Musée National des Beaux Arts.


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